Les troubles du langage oral

Monique Touzin, orthophoniste, Hôpital Robert Debré
et Necker-Enfants malades Paris



 

1) Trouble articulatoire

L'articulation est du domaine de la phonétique : on étudie chaque phonème isolément.

Les troubles d'articulation intéressent l'émission phonétique. Le trouble d'articulation est une erreur permanente, systématique dans l'exécution du mouvement qu'exige la production d'un phonème quelle que soit sa position dans le mot ou dans la phrase.

Les troubles d'articulation sont causés soit par des positions incorrectes, soit par une imprécision dans l'exécution du mouvement, soit par une constitution anormale des organes.

2) Retard simple de parole

La parole est du domaine du mot. C'est l'étude des combinaisons des différents éléments signifiants qui donneront le mot.

Dans l'apprentissage de la parole, on trouve des altérations qui vont dans le sens d'une simplification. On note par exemple des simplifications de phonèmes en finale ou à l'intérieur d'un groupe complexe (arbre -> abe), des substitutions de phonèmes résultant d'une économie articulatoire (train -> crain), une absence de modification de point d'articulation d'une syllabe
à l'autre (couteau -> touteau), et donc une économie des mouvements articulatoires.

Dans le cas de trouble de la parole, le mot ne peut être reproduit dans son ensemble alors que chaque phonème l'est séparément. Toutes ces déformations sont normales chez l'enfant qui apprend à parler.
C'est leur persistance au-delà de 5-6 ans qui nécessite un traitement avant l'entrée au C.P..

3) Retard simple de langage

On parle de retard simple quand il existe un décalage dans l'élaboration du langage et la chronologie normale des acquisitions. Dans ces cas :

- l'apparition du premier mot est tardive (après 2 ans au lieu d'apparaître entre 10 et 18 mois)

- le mot-phrase ou l'assemblage de 2 mots apparaît vers 3 ans au lieu d'être utilisé entre 12 et 15 mois.

- les pronoms et notamment le "je" sont utilisés vers 4 ans au lieu de 3.

- le vocabulaire est réduit.

- l'enfant n'utilise pas de phrases complexes, ne respecte pas l'ordre des mots, utilise
la troisième personne au lieu du "je".

Du fait de ces difficultés l'informativité est mauvaise. Toutefois, la compréhension est meilleure que l'expression.

Quand on est en présence d'un retard simple du langage, l'évolution est spontanément favorable, et le retard est comblé avant 6 ans. Mais, généralement, ces difficultés rendent difficile l'insertion scolaire, le retentissement se faisant sentir dans les autres secteurs d'acquisition.
Les difficultés risquent donc de s'aggraver et il faut prévenir les difficultés scolaires ultérieures.

4) Dysphasie

La dysphasie de développement est un handicap de la communication verbale dû à un trouble d'origine congénitale du développement des capacités de manipulation du code langagier.

Les dysphasies de développement constituent un trouble structurel. C'est pourquoi ces troubles conduisent à une déviance permanente de l'utilisation du code langagier.

Ils sont à différencier des troubles fonctionnels qui eux, ne touchent pas la structure même du langage et qui sont donc réversibles, constituant uniquement un retard dans le développement du langage.

La dysphasie est donc un trouble grave, durable et déviant de la fonction linguistique, chez des enfants dont le QIV est inférieur de 20 points ou plus au QIP et dont l'audition, l'efficience intellectuelle, le contexte affectif et linguistique, l'appareil bucco-phonatoire sont normaux.

5) Bégaiement

Le bégaiement est un trouble du débit élocutoire en situation de communication. Cette atteinte de la fluidité de la parole se manifeste de différentes façons :

- le bégaiement clonique se caractérise par la répétition saccadée involontaire d'une syllabe (en général la première syllabe du premier mot de la phrase). Ce bégaiement est accompagné de contractions des muscles du visage

- le bégaiement tonique se caractérise par une impossibilité d'émettre certains mots du fait d'un blocage tonique associé à une très forte tension musculaire au niveau des lèvres, mâchoires et des yeux, diffusant parfois dans tout le corps. Le premier phonème est répété de façon très tonique et le mot survient de façon explosive.

- le bégaiement tonico-clonique associe, à des degrés divers, les deux aspects précédents et constitue la forme la plus fréquente.

Le bégaiement est souvent associé à des manifestations motrices, tics, syncinésies, mouvements ayant pour but de faciliter le débit élocutoire.
On peut également observerdes phénomènes vasomoteurs et sécrétoires. La respiration est souvent mal utilisée.

- le bégaiement par inhibition est constitué par une suspension de la parole pendant un laps de temps plus ou moins important, sans aucune agitation, ni crispation, ni syncinésie.

Il existe une forme particulière de bégaiement dit primaire, physiologique, apparaissant vers 3 ans et qui se trouve fréquemment chez des enfants qui commencent à utiliser couramment des phrases. Il se caractérise par une phase de répétition de syllabes sans tension spasmodique ou tonique.
Ce type de bégaiement ne nécessite aucun traitement et disparaît spontanément.

Il faut également noter chez les enfants bègues, une forte proportion de troubles de la parole et du langage associés. Dans ce cas, la rééducation orthophonique devra en premier lieu porter sur ces difficultés linguistiques.

6) Aphasie acquise

C'est un trouble du langage consécutif à une atteinte objective du système nerveux central et survenant chez un sujet ayant déjà acquis un certain niveau de compréhension et d'expression verbale (SERON 1977, 1981). Chez l'enfant aphasique, on note une prédominance des troubles expressifs sur les troubles réceptifs. L'expression orale est caractérisée par une importante réduction du langage spontané poivant se marquer par un mutisme initial.
La syntaxe est très simplifiée, le stock lexical est réduit et on rencontre parfois des troubles articulatoires. Les troubles du langage écrit sont importants.

L'âge auquel surviennent ces troubles aphasiques modifie le tableau sémiologique initial, ainsi que la qualité et la vitesse de la récupération.
Les troubles aphasiques de l'enfant régressent bien mieux que chez l'adulte.

Aphasie acquise avec épilepsie : ce trouble est décrit en 1957 par Landau et Kleffner. Il associe un trouble du langage sur les versants expressif et réceptif et des altérations paroxystiques décelées sur l'EEG de sommeil (principalement bi-temporales). Ces altérations paroxystiques sont de types pointes, pointes-ondes lentes et polypointes ondes. Elles sont localisées soit dans un hémisphère, soit focalisées en foyers uniques ou multiples, soit bilatérales.

La rééducation du S.L.K. allie le plus souvent l'acquisition d'un langage gestuel, du langage écrit et du langage oral. Parfois ces enfants sont intégrés dans des écoles pour déficients auditifs et éduqués en langue des signes.